Une plante carnivore
identifiée en Vanoise
En 2023, dans le vallon de la Lombarde à Bessans, les agents du Parc ont repéré une grassette à l’allure inhabituelle. Une espèce rare, endémique des Alpes occidentales, jamais répertoriée ici auparavant.
On pense connaître la Vanoise. On fait les mêmes sentiers, on croise les mêmes bouquetins, on s’émerveille des mêmes panoramas. Et puis il y a une découverte comme celle-là qui rappelle que ce territoire n’a pas fini de surprendre. Une plante carnivore, nouvelle pour le Parc — identifiée non pas par hasard, mais grâce à l’œil exercé des agents qui connaissent ces alpages mieux que personne.
En 2023, lors d’une sortie dédiée à la reconnaissance des plantes rares dans le vallon de la Lombarde à Bessans, une grassette à la corolle inhabituelle a intrigué l’équipe. L’analyse a confirmé : il s’agissait de la Pinguicula arvetii, la grassette d’Arvet-Touvet. Une première en Vanoise.
🌱 Des plantes qui digèrent des insectes
Certains milieux — tourbières, marais, sols saturés en eau — sont si pauvres en nutriments que quelques plantes ont développé une stratégie radicale : attraper et digérer des petits insectes pour compenser ce manque. Elles sécrètent des enzymes directement par leurs feuilles, capturent leurs proies, et les assimilent. Sans bouche, sans estomac, sans intestin.
Cette capacité, soupçonnée dès la fin du XVIIIe siècle, a été démontrée scientifiquement par Charles Darwin à la fin du XIXe siècle. On dénombre aujourd’hui environ 700 espèces de plantes carnivores dans le monde, dont une vingtaine en France.
🔍 Les trois carnivores de Vanoise
🔬 La découverte dans le vallon de la Lombarde
Bessans, 2023 — une corolle qui ne ressemble à aucune autre
Lors d’une journée de terrain dédiée aux plantes rares et menacées dans le vallon de la Lombarde à Bessans, en Haute Maurienne, une grassette attire l’attention des agents du Parc. Sa corolle bleu-violet est largement panachée de blanc — détail inhabituel. À y regarder de plus près, des poils en forme de petite tête (poils capités) tapissent le creux de cette corolle.
Ces caractères morphologiques permettent l’identification : il s’agit de la grassette d’Arvet-Touvet (Pinguicula arvetii), découverte pour la première fois dans le Queyras au XIXe siècle, connue en France et en Italie, mais jamais encore signalée en Vanoise.
Cette grassette est une endémique ouest-alpine : elle ne pousse que dans les Alpes occidentales, aux étages subalpin et alpin, dans des marais alcalins — des zones humides à pH basique, à l’opposé des tourbières acides où prospèrent les droséras.
⚠️ Une espèce fragile face au changement climatique
Comme toutes les plantes des zones humides d’altitude, la grassette d’Arvet-Touvet est exposée à deux menaces majeures. D’abord la pollution de l’eau, et plus précisément l’eutrophisation liée aux déjections des troupeaux : l’excès de nutriments favorise des plantes plus compétitives qui étouffent les espèces rares. Ensuite, et de manière plus globale, l’assèchement des zones humides lié au changement climatique compromet la persistance de cette plante carnivore en Vanoise comme sur l’ensemble de son aire de répartition.
Lexique
- Corolle
- Partie de la fleur formée par l’ensemble de ses pétales.
- Endémique
- Espèce dont l’aire de répartition est limitée à une région géographique précise.
- Eutrophisation
- Processus d’accumulation de matière organique dans un milieu, appauvrissant la biodiversité.
- Mucilage
- Substance visqueuse et collante sécrétée par certaines plantes pour piéger leurs proies.
Source : Parc national de la Vanoise, février 2026. Étude : Blanchemain & Delahaye, 2025.
La Vanoise ne finit pas de surprendre
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