Glacier de Gébroulaz : un mauvais bilan de santé en 2025
Changement climatique · Parc national de la Vanoise

Glacier de Gébroulaz :
un mauvais bilan de santé en 2025

Troisième année la plus déficitaire depuis le début des mesures. 2,1 mètres de glace perdus en un seul été. Les chiffres 2025 du glacier sentinelle de la Vanoise confirment une tendance qui s’accélère.

Janvier 2026 ❄️ Glaciologie ⚠️ Bilan très déficitaire

Il y a des chiffres qui ne laissent pas indifférent. Le glacier de Gébroulaz, que j’aperçois depuis certains sentiers de Pralognan quand le ciel est dégagé, vient de publier son bilan annuel pour 2025. C’est le programme Glacioclim — financé par le CNRS et l’université de Grenoble — qui le suit depuis plus d’un siècle. Et le verdict de cette année est sans appel.

En 2025, l’équivalent d’une lame de glace de 2,1 mètres a été rabotée sur l’ensemble de la surface du glacier. C’est le troisième bilan le plus déficitaire jamais enregistré, derrière 2022 et 2023. Depuis 1907, le glacier a perdu en tout 46,5 mètres de glace en moyenne sur toute sa surface. Des chiffres qui donnent le vertige.

– 1,9 me Bilan de masse 2025
(moyenne : -0,84 me)
46,5 m de glace perdus
depuis 1907
240 m de recul du front
depuis 1983

❄️ Le glacier sentinelle de la Vanoise

Le glacier de Gébroulaz est l’un des glaciers alpins les plus suivis de France. Situé dans le massif de la Vanoise, au-dessus de Méribel, il est mesuré depuis plus d’un siècle dans le cadre du programme national Glacioclim. Chaque année, les chercheurs de l’Institut des géosciences de l’environnement (IGE – Université Grenoble Alpes) effectuent trois campagnes de terrain entre mai et octobre pour collecter les données.

Le glacier se compose de deux zones aux dynamiques très différentes, séparées par une ligne d’équilibre :

⬆️ Zone d’accumulation (au-dessus de ~3 100 m)
RôleLa neige s’accumule et se transforme en glace — c’est ici que le glacier se « recharge ».
⬇️ Zone d’ablation (vers 2 800 m)
RôleZone exposée aux températures positives : la neige et la glace fondent — c’est ici que le glacier « perd du poids ».
Carotte de glace glacier Gébroulaz - sondage mai 2025
Carotte de glace — on distingue la neige hivernale du névé de l’année précédente | M. Santolaria, mai 2025
Sondage du glacier de Gébroulaz - Alice Roy PNV
Sondage du glacier lors des campagnes de terrain | Alice Roy – PNV

📊 Le bilan 2025 zone par zone

Zone d’accumulation — bilan hivernal
Accumulation hivernale1,6 me ≈ moyenne (1,55 me)
Perte estivale0,9 me ≈ moyenne 1995-2025
Bilan annuel zone haute+0,7 me ≈ moyenne (+0,75 me)
Zone d’ablation — le point noir
Accumulation hivernale0,8 me (moy : 1,06 me) — déficitaire
Perte estivale3,82 me (moy : 2,8 me) — extrême
Bilan annuel zone basse-3,08 me — 3e plus déficitaire
⚠️ Bilan global 2024/2025 La perte totale est de -1,9 mètre équivalent eau, soit plus du double de la moyenne annuelle (-0,84 me sur 1994-2024). L’année 2025 se classe au 3e rang des années les plus déficitaires, derrière 2022 (record : -2,25 me en zone haute) et 2023. En pratique, c’est comme si une lame de glace de 2,1 mètres avait été rasée sur l’ensemble de la surface du glacier.

📉 Un siècle de recul documenté

Ce qui distingue Gébroulaz des autres glaciers, c’est la longueur et la continuité des mesures. Plus d’un siècle de données permet de mettre en perspective ce que l’on observe aujourd’hui.

Recul du front glaciaire

1907 → 2025 (perte de glace)46,5 m de glace en moyenne
1983 → 2025 (recul du front)– 240 m
1990 → 2020 (recul du front)– 180 m
1907
Début du suivi scientifique continu du glacier. La référence à partir de laquelle tous les bilans sont calculés.
1983
Maximum de la dernière avancée glaciaire. Le front est au plus bas — à 240 m de son emplacement actuel. Depuis, c’est le recul.
2003
Canicule record. Point de basculement : sur les 37 dernières années depuis le milieu des années 80, les dix années les plus déficitaires se situent toutes après 2003.
2022
Année record. Perte en zone haute : 2,25 me. Perte en zone basse : 4,68 me. Les records absolus depuis le début des mesures.
2025
3e année la plus déficitaire. -1,9 me de bilan global. -3,08 me en zone basse. 2,1 m de glace rasés sur l’ensemble de la surface.
ℹ️ La couverture morainique, un bouclier partiel La langue du glacier est partiellement protégée par des rochers (couverture morainique) qui ralentissent la fonte en créant de l’ombre. C’est l’une des raisons pour lesquelles le recul du front de Gébroulaz reste modéré par rapport à d’autres glaciers alpins moins protégés. Sans cette couverture, le bilan serait encore plus sombre.

💬 Ce que ça signifie concrètement

J’ai grandi dans ces montagnes, j’ai vu évoluer les paysages depuis l’enfance. Les glaciers ne disparaissent pas d’une année sur l’autre — le changement est lent, presque imperceptible à l’échelle d’une balade. Mais quand on additionne les bilans, les chiffres deviennent vertigineux.

46,5 mètres de glace perdus depuis 1907. Pour se représenter ça, imaginez un immeuble de quinze étages posé sur le glacier — et entièrement fondu. C’est ce qui a disparu, en moyenne, sur toute la surface.

Le glacier de Gébroulaz n’est pas un cas isolé. Le rapport mentionne que le même schéma s’observe sur le glacier de Saint-Sorlin et la Mer de Glace. Ce sont des indicateurs fiables et durables du réchauffement climatique en montagne — et ce qu’ils indiquent en 2025 n’est pas rassurant.

💬 Le conseil de Caroline Si vous voulez voir le glacier de Gébroulaz, ne tardez pas trop. L’accès se fait depuis Méribel, via le col de Gébroulaz. C’est aussi l’occasion de comprendre en direct ce que signifient ces données scientifiques — voir la moraine fraîche, la glace noire, les rochers qui réapparaissent. La montagne parle plus fort que n’importe quel rapport.

Lexique

Mètre équivalent eau (me)
Unité de mesure glaciologique. 10 m de neige ≈ 1 me (selon la densité de la neige).
Bilan de masse
Différence entre les gains (neige hivernale) et les pertes (fonte estivale) d’un glacier sur une année.
Zone d’accumulation
Partie haute du glacier où la neige se transforme en glace et alimente le glacier.
Zone d’ablation
Partie basse où la fonte l’emporte sur l’accumulation — là où le glacier perd de la masse.
Couverture morainique
Couche de rochers et de débris recouvrant la glace, ralentissant la fonte par ombrage.

Source : Parc national de la Vanoise, janvier 2026. Données : IGE – Université Grenoble Alpes / Programme Glacioclim (CNRS).

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