La Route du Sel —
3 000 ans d’histoire
sous vos pieds
Quand vous marchez entre le refuge des Barmettes et le lac des Vaches, vous posez vos pieds exactement là où des muletiers chargeaient leurs bêtes de sel depuis l’Âge du Bronze. Ce sentier n’est pas qu’un chemin. C’est une mémoire.
La première fois qu’on m’a expliqué ce qu’étaient les murets en pierre sèche qui bordent le sentier, j’avais dix ans. Mon père s’était arrêté devant l’un d’eux, avait posé la main dessus, et m’avait dit : « ces pierres, on les a posées il y a peut-être mille ans. Ou deux mille. Personne ne sait exactement. » J’avais regardé le mur différemment. Depuis, chaque randonnée sur ce sentier est une conversation avec ceux qui sont passés avant moi.
La Route du Sel n’est pas un musée. Ce n’est pas une reconstitution. C’est le même chemin, les mêmes pierres, le même vallon qu’empruntaient les colporteurs qui reliaient la France à l’Italie en traversant les Alpes à dos de mulet, chargés de sel, de fromage, de minerai et de soieries. Marcher dessus, c’est marcher dans l’histoire sans vitre ni barrière.
🗿 Une route commerciale vieille de 3 000 ans
Avant les routes, avant les tunnels, avant le chemin de fer du Mont-Cenis, les Alpes n’étaient pas une barrière — elles étaient traversées. En permanence, par des populations qui avaient appris à lire le relief, à négocier avec les cols, à anticiper la météo. Et l’une des ressources les plus précieuses qui circulaient sur ces chemins, c’était le sel.
Le sel n’était pas un assaisonnement. C’était une denrée vitale. Il permettait de conserver la viande, le fromage, le poisson. Sans sel, pas de survie au-delà d’une saison. Les communautés alpines en avaient besoin, mais les Alpes n’en produisaient pas. Il fallait donc l’importer — depuis les salines de la côte méditerranéenne, ou depuis les mines de sel de l’arc alpin — et le faire traverser les cols.
« Le col de la Vanoise constituait l’un des passages les plus fréquentés des Alpes occidentales. Des traces d’occupation humaine datant de l’Âge du Bronze témoignent d’une utilisation du sentier bien antérieure à l’époque romaine. »
— Archives du Parc national de la Vanoise
📜 3 000 ans de passage — la chronologie
av. J.-C.
🧂 Ce qu’ils transportaient — et pourquoi le sel valait de l’or
Le sel n’est pas une épice. C’était, pendant des siècles, une question de survie. Sans réfrigération, la conservation des aliments dépendait entièrement du sel. La viande salée, le fromage affiné, le poisson séché — autant de denrées impossibles sans lui. Et les Alpes n’en produisent pas.
🧂 Le sel
Venu des salines de Méditerranée ou des mines de sel de l’arc alpin (notamment de la région de Hall, en Autriche), le sel remontait les vallées à dos de mulet jusqu’aux cols. En sens inverse, il repartait vers l’Italie chargé des productions locales. C’était la denrée principale qui donnait son nom à la route.
🧀 Le Beaufort et les fromages alpins
La Vanoise a toujours été une grande région d’alpage. Le Beaufort — fromage à pâte pressée cuite produit en Tarentaise et en Maurienne — était une marchandise précieuse et durable, idéale pour le transport sur de longues distances. Les muletiers en chargeaient de larges roues sur leurs bêtes pour l’écouler sur les marchés italiens.
⛏ Le minerai et les métaux
La région est riche en minerais. Cuivre, plomb, argentifère — les mines de Maurienne alimentaient un commerce métallurgique actif depuis l’Antiquité. Ces minéraux lourds empruntaient aussi la Route du Sel en direction des artisans et fondeurs des plaines.
🥾 Marcher la Route du Sel aujourd’hui
La portion la plus emblématique et la mieux préservée de la Route du Sel en Vanoise se parcourt depuis Pralognan-la-Vanoise jusqu’au col de la Vanoise (2 517 m), en passant par le refuge des Barmettes et le lac des Vaches. C’est aujourd’hui le GR 55 — le grand sentier de randonnée qui traverse le massif de la Vanoise.
✨ Pourquoi cette route est unique en France
Des voies romaines, il en existe partout en France. Des chemins de pèlerinage, des routes médiévales, des drailles de transhumance — le pays en est parsemé. Mais la Route du Sel de la Vanoise a quelque chose que peu d’autres ont : elle est encore en service. Pas comme musée, pas comme curiosité touristique secondaire — mais comme vrai sentier de randonnée, praticable, vivant, fréquenté chaque été par des milliers de personnes qui souvent ne savent pas ce qu’elles marchent.
Et cette continuité, justement, est ce qui la rend extraordinaire. Les murets n’ont pas été déplacés dans un écomusée. Ils sont là, à leur place originelle, dans le même vallon, sous le même ciel, face à la même Grande Casse qu’il y a mille ans. Quand vous posez la main sur ces pierres, vous touchez quelque chose que des centaines de générations ont touché avant vous.
Marchez dans les pas des muletiers
La Route du Sel vous attend — retrouvez mes guides pour randonner sur ce sentier millénaire.