Glacier de Gébroulaz :
un mauvais bilan de santé en 2025
Troisième année la plus déficitaire depuis le début des mesures. 2,1 mètres de glace perdus en un seul été. Les chiffres 2025 du glacier sentinelle de la Vanoise confirment une tendance qui s’accélère.
Il y a des chiffres qui ne laissent pas indifférent. Le glacier de Gébroulaz, que j’aperçois depuis certains sentiers de Pralognan quand le ciel est dégagé, vient de publier son bilan annuel pour 2025. C’est le programme Glacioclim — financé par le CNRS et l’université de Grenoble — qui le suit depuis plus d’un siècle. Et le verdict de cette année est sans appel.
En 2025, l’équivalent d’une lame de glace de 2,1 mètres a été rabotée sur l’ensemble de la surface du glacier. C’est le troisième bilan le plus déficitaire jamais enregistré, derrière 2022 et 2023. Depuis 1907, le glacier a perdu en tout 46,5 mètres de glace en moyenne sur toute sa surface. Des chiffres qui donnent le vertige.
(moyenne : -0,84 me)
depuis 1907
depuis 1983
❄️ Le glacier sentinelle de la Vanoise
Le glacier de Gébroulaz est l’un des glaciers alpins les plus suivis de France. Situé dans le massif de la Vanoise, au-dessus de Méribel, il est mesuré depuis plus d’un siècle dans le cadre du programme national Glacioclim. Chaque année, les chercheurs de l’Institut des géosciences de l’environnement (IGE – Université Grenoble Alpes) effectuent trois campagnes de terrain entre mai et octobre pour collecter les données.
Le glacier se compose de deux zones aux dynamiques très différentes, séparées par une ligne d’équilibre :
📊 Le bilan 2025 zone par zone
📉 Un siècle de recul documenté
Ce qui distingue Gébroulaz des autres glaciers, c’est la longueur et la continuité des mesures. Plus d’un siècle de données permet de mettre en perspective ce que l’on observe aujourd’hui.
💬 Ce que ça signifie concrètement
J’ai grandi dans ces montagnes, j’ai vu évoluer les paysages depuis l’enfance. Les glaciers ne disparaissent pas d’une année sur l’autre — le changement est lent, presque imperceptible à l’échelle d’une balade. Mais quand on additionne les bilans, les chiffres deviennent vertigineux.
46,5 mètres de glace perdus depuis 1907. Pour se représenter ça, imaginez un immeuble de quinze étages posé sur le glacier — et entièrement fondu. C’est ce qui a disparu, en moyenne, sur toute la surface.
Le glacier de Gébroulaz n’est pas un cas isolé. Le rapport mentionne que le même schéma s’observe sur le glacier de Saint-Sorlin et la Mer de Glace. Ce sont des indicateurs fiables et durables du réchauffement climatique en montagne — et ce qu’ils indiquent en 2025 n’est pas rassurant.
Lexique
- Mètre équivalent eau (me)
- Unité de mesure glaciologique. 10 m de neige ≈ 1 me (selon la densité de la neige).
- Bilan de masse
- Différence entre les gains (neige hivernale) et les pertes (fonte estivale) d’un glacier sur une année.
- Zone d’accumulation
- Partie haute du glacier où la neige se transforme en glace et alimente le glacier.
- Zone d’ablation
- Partie basse où la fonte l’emporte sur l’accumulation — là où le glacier perd de la masse.
- Couverture morainique
- Couche de rochers et de débris recouvrant la glace, ralentissant la fonte par ombrage.
Source : Parc national de la Vanoise, janvier 2026. Données : IGE – Université Grenoble Alpes / Programme Glacioclim (CNRS).
La Vanoise, à vivre maintenant
Ces glaciers, ces paysages, cette faune — ils méritent d’être vus, compris, respectés. Venez les découvrir.